couchant d'hiver - Jules Laforgue

Quel couchant douloureux nous avons eu ce soir !

Dans les arbres pleurait un vent de désespoir, Abattant du bois mort dans les feuilles rouillées. À travers le lacis des branches dépouillées
Dont l'eau-forte sabrait le ciel bleu-clair et froid, Solitaire et navrant, descendait l'astre-roi. Ô Soleil ! l'autre été, magnifique en ta gloire,
Tu sombrais, radieux comme un grand Saint-Ciboire, Incendiant l'azur ! À présent, nous voyons Un disque safrané, malade, sans rayons, Qui meurt à l'horizon balayé de cinabre, Tout seul, dans un décor poitrinaire et macabre, Colorant faiblement les nuages frileux En blanc morne et livide, en verdâtre fielleux, Vieil or, rose-fané, gris de plomb, lilas pâle. Oh! c'est fini, fini! longuement le vent râle, Tout est jaune et poussif; les jours sont révolus,

La Terre a fait son temps ; ses reins n'en peuvent plus. Et ses pauvres enfants, grêles, chauves et blêmes D'avoir trop médité les éternels problèmes, Grelottants et voûtés sous le poids des foulards Au gaz jaune et mourant des brumeux boulevards, D'un exil vide et muet contemplent leurs absinthes,
Riant amèrement, quand des femmes enceintes Défilent, étalant leurs ventres et leurs seins, Dans l'orgueil bestial des esclaves divins...


Ouragans inconnus des débâcles finales, Accourez ! déchaînez vos trombes de rafales l Prenez ce globe immonde et poussif ! balayez Sa lèpre de cités et ses fils ennuyés !

Et jetez ses débris sans nom au noir immense ! Et qu'on ne sache rien dans la grande innocence Des soleils éternels, des étoiles d'amour, De ce Cerveau pourri qui fut la Terre, un jour.


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couchant d'hiver - Jules Laforgue

# Posté le dimanche 25 décembre 2005 04:26

Modifié le mercredi 04 juin 2008 07:56

crepuscule d'automne - Stuart Merrill

crepuscule d'automne - Stuart Merrill

Sous le souffle étouffé des vents ensorceleurs
J'entends sourdre sous bois les sanglots et les rêves :
Car voici venir l'heure où dans des lueurs brèves
Les feuilles des forêts entonnent, choeur en pleurs,
L'automnal requiem des soleils et des sèves.

Comme au fond d'une nef qui vient de s'assombrir
L'on ouït des frissons de frêles banderolles,
Et le long des buissons qui perdent leurs corolles
La maladive odeur des fleurs qui vont mourir
S'évapore en remous de subtiles paroles.

Sous la lune allumée au nocturne horizon
L'âme de l'angelus en la brume chantonne :
L'écho tinte au lointain comme un glas monotone
Et l'air rêve aux frimas de la froide saison
A l'heure où meurt l'amour, à l'heure où meurt l'automne !

# Posté le samedi 24 décembre 2005 05:38

Modifié le mercredi 04 juin 2008 08:25

couchant d'août - Anatole le braz

Voici venir vers nous le soir aux yeux de cendre,
Clairs encor d'un reflet de la braise du jour
Dans le couchant d'août, ma mie, allons l'attendre,
Parmi l'or pâlissant de notre été d'amour.

Nous lui dirons : « Sois pur, soir pacifique et tendre,
Fraîcheur des champs brûlés, repos des membres lourds,
Oh ! ne te hâte point, soir béni, de descendre
Vers les grands pays d'ombre oh doit finir ton cours !

Laisse-nous savourer ton délice éphémère,
Passant sacré, porteur de l'urne balsamaire
D'où s'épand sur le monde un miel immense et doux.

Nos fronts que le soleil a brunis de son hâle
Déjà penchent... Du moins, prolonge un peu sur nous
Le mystique frisson de l'heure occidentale.
Et nous t'adorerons, ô soir, à deux genoux.


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couchant d'août - Anatole le braz
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# Posté le samedi 24 décembre 2005 05:35

Modifié le mercredi 04 juin 2008 07:52

Poésie

Poésie



Dans la Chaude Lumière du Couchant,
Le Soleil caresse les Toits Etincelants.
Reflets Dorés, Lumineuse Clarté,
Le Feu des Rayons baigne la Cité.
Le Ciel rougit, La Ville resplendit
Je contemple éblouie, ces Vibrations de Vie.


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# Posté le mercredi 14 décembre 2005 16:03

Modifié le mercredi 04 juin 2008 07:51

Paysages (extrait) - Albert Samain

Le ciel rouge et doré par degrés a pâli ;
Les oliviers d'argent frémissent ; l'herbe ondule ;
Rose au front, la montagne à sa base accumule
De grands blocs transparents de lapis-lazuli.

C'est le retour des champs... une étoile a frémi.
Dans l'air une douceur de Bethléem circule.
L'homme est à pied ; la femme assise sur la mule
Berce sous son manteau son enfant endormi.

Et partout, sur le front portant en équilibre
Des mannes où l'odeur des violettes vibre,
Par la grand'route grise et par les sentiers bruns,
Des femmes, que l'instant et leur marche rend belles,
Passent avec lenteur en laissant derrière elles
Le divin crépuscule empli de longs parfums.



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Paysages (extrait) - Albert Samain

# Posté le dimanche 27 novembre 2005 04:58

Modifié le mercredi 04 juin 2008 07:50